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Aux origines de la batterie

samedi 17 octobre 2009, par Loïc Becquet

Préambule

La Batterie a vu le jour au début du siècle. Les principaux
éléments qui la composent (Grosse Caisse, Caisse
Claire, Cymbales,...) existaient déjà au sein des orchestres
classiques et des fanfares militaires. L’apparition de
la Batterie est directement liée à la naissance du Jazz, ainsi
qu’aux différentes évolutions technologiques du début
du siècle.
La batterie de jazz est l’héritière d’un passé ancestral où
peau, bois et métal revêtent une perspective symbolique
en rapport avec toutes les religions du monde. Elle
porte aussi le poids des souffrances d’un peuple - le peuple
noir - martyrisé pendant des générations et des générations.
Alors que ses composantes sont, à sa naissance,
d’origine étrangère - la grosse caisse et la
caisse claire proviennent d’Europe, les cymbales de
Turquie et de Chine, les toms de Chine, d’Afrique et
des indiens d’Amérique - son assemblage même est
un phénomène typiquement américain. Le
regroupement de ces instruments en un seul a été le
fait de musiciens - tambours inconnus - les premiers
batteurs - qui jouaient dans les bars, les fêtes foraines,
les cirques, les salles de danse et les théâtres, au
cours des années 1890.

1900 - 1910

Aux Etats-Unis, à cette époque, les orchestres jouent avec
3 percussionnistes (un pour la Caisse Claire, l’autre à la
Grosse Caisse et le dernier aux différents effets tels que
Cymbales, Wood-Blocks,...) ou seulement 2 dans les fanfares.
L’invention du Pied de Caisse Claire et surtout de la Pédale
de Grosse Caisse (commercialisé en 1910 par
Ludwig, succès immédiat) permet d’assembler les différents
éléments. L’avènement du Rag Time et le besoin
de musiques de danses dans les cafés, sur les
« riverboats » et ailleurs, contribuent au succès de cet assemblage.
Un seul batteur peut faire le boulot de trois.
La Batterie est née mais ne ressemble pas encore aux
modèles d’aujourd’hui. Les Peaux sont animales, la
Grosse Caisse est très haute avec pleins de petits accessoires
dessus (Cloches, Wood-Blocks, petite Cymbale
suspendue,...), il y a un seul Tom pré-accordé appelé
« Chinese Tom Tom » avec 2 peaux directement « punaisées
 » sur le fût.
A cette époque, le rôle du batteur est de fournir un soutien
rythmique pour « fanfares jazzifiées ». Le style musical
est très voisin de celui des marches militaires,le batteur
utilisant les rudiments du tambour classique mais
avec un phrasé différent, directement inspiré des orchestres
de parades (léger swing, roulements « écrasés » moins
rigides, syncopes et accents ailleurs que sur le 1er
temps).

Les années 20 et après

Durant cette période, les constructeurs de matériel se
développent et proposent des améliorations technologiques
dont les premiers Toms accordables (qui n’ont
aucun succès au début), une table d’accessoires qui se
fixe sur la Grosse Caisse, les premiers Balais (au départ
pour jouer moins fort dans les endroits fermés) et surtout
l’ancêtre de la Pédale Charleston actuelle (qu’on
appelle « Low Boy » ou « Sock Cymbal »).En ce temps là,
la musique de Jazz est faite pour danser. Le batteur est
cantonné dans le rôle de gardien du
tempo et marque tous les temps à la
Grosse Caisse (qui souvent remplace
la basse). A noter qu’on n’utilise toujours
pas de Cymbales « Ride » pour
jouer le rythme.A la fin des années 20,
le seul moyen pour un batteur d’attirer
l’attention est de profiter soit de
l’introduction d’un morceau, soit du
point d’orgue final pour placer un
roulement époustouflant.
Heureusement, ces années voient
l’émergence des premiers batteurs
virtuoses comme Baby Dodds (il est le premier à jouer
des solos de batterie) puis Zutty Singleton (un spécialiste
de l’utilisation des couleurs).

Des années 30 aux années 50

Les années 30 voient une augmentation de la « demande
de musique » (de danse principalement). Les clubs se
multiplient, entraînant la prolifération d’orchestres dont
beaucoup de « big bands ». Face aux besoins des batteurs,
les fabricants améliorent la qualité du matériel tout en
affinant certaines inventions des années 20.
La Pédale Charleston devient véritablement opérationnelle,
ce qui change la sonorité de l’instrument et surtout
la manière d’accompagner la musique. De même,
l’apparition des Pieds de Cymbales (dont certains montés
sur la Grosse Caisse) annoncent l’avènement de la
Cymbale Ride. Petit à petit, parallèlement au succès des
big bands « Swing » et à l’apparition du jazz « Be Bop », le
rythme d’accompagnement se transpose de la Grosse
Caisse vers les Cymbales, permettant ainsi au batteur
d’exprimer sa créativité sur les autres éléments de son
instrument.
Les Toms avec peaux accordables s’imposent définitivement
et les Toms Basses sur pieds (inventés par le
constructeur Slingerland) font une apparition remarquée.
Certains sont munis d’une pédale pour modifier la tension
de la peau.Le succès de certains morceaux comme
« Sing Sing Sing » (orchestre de Benny Goodman - 1937)
avec Gene Krupa aux baguettes contribuent à faire évoluer
l’image du batteur qui devient un des membres solistes
de l’orchestre à part entière. Par la même occasion,
le set de Gene Krupa devient une sorte de standard.
Les fabricants commencent à proposer des batteries
complètes qui ressemblent vraiment à ce qu’on
trouve aujourd’hui (instaurant des normes pour le diamètre
des fûts encore en vigueur de nos jours).
Plusieurs batteurs marquent cette période.
Sydney Catlet est l’un des premiers à amorcer
un début de transition vers la batterie
moderne en alliant swing, technique et solos
spectaculaires (c’était un jongleur hors
pair !). Vient ensuite « Papa » Jo Jones qui « démilitarise
 » la batterie au profit d’un jeu plus
mélodique avec interaction avec le soliste.
On dit même qu’il est le premier à jouer le
« chabada » au Charleston et à utiliser la
Cymbale Ride... Difficile d’évoquer la période Be Bop
sans mentionner Kenny Clarke. En supprimant les 4
temps joués à la Grosse Caisse et en introduisant la syncope,
son style contribue à faire évoluer le Jazz, de la musique
de danse à la musique de concert. Il est également
un grand virtuose des Balais.

Les années 50 et 60

L’invention majeure de cette période est l’invention des
Peaux de batterie synthétiques (commercialisées la première
fois en 57 par Remo), soulageant ainsi toute une
génération de batteurs du dur labeur de l’accordage des
peaux animales. Le fabricant Rogers propose en 59 le
premier système d’attache de Toms vraiment articulé
(fixé sur la Grosse Caisse).L’apparition du Rock’n’roll associée
au développement des médias (disques, TV...) et
du « show business » propulsent les instrumentistes sur
le devant de la scène. Le succès de groupes tels que les
Beatles (avec Ringo Star) popularisent encore plus l’instrument
auprès des jeunes générations. Les fabricants
en profitent pour proposer toute une gamme de produits
(de la batterie pour débutant aux modèles haut de
gamme).Le jeu de plus en plus puissant des batteurs
« rock » contribue à l’amélioration de la fiabilité et solidité
du matériel.Pour faire face à la demande
de musiques enregistrées, une nouvelle
catégorie de batteurs prolifèrent : Le
batteur de studio. Les années 60 voient
l’apparition des premières stars de la batterie
rock dont Keith Moon (des Who) et
surtout John Bonham (de Led
Zeppelin).Même si on peut encore écouter
l’influence de la batterie jazz dans les
premiers groupes de rock (par exemple
la musique d’Elvis à ses débuts), progressivement chaque
style de musique (rock, rythm’n’blues, jazz,...) engendre
une spécialisation du jeu des batteurs. Bien
qu’étant de moins en moins médiatisé, le jazz révèle une
nouvelle catégorie de musiciens qui repoussent les limites
de l’instrument. A noter Buddy Rich (« showman »
extraordinaire, peut-être le plus grand technicien de la
batterie), Elvin Jones (dont le jeu puissant est un accompagnement
interactif en forme de solo perpétuel), Tony
Williams (virtuose au son imposant, son style et sa musique
vont faire la jonction entre les années 60 et 70).

Des années 70 à nos jours

Le développement du côté spectaculaire
de certains groupes a pour conséquence
d’augmenter le nombre de Cymbales et de
Toms sur l’instrument. La double attache
pour Toms sur la Grosse Caisse devient un standard de
fait. Les autres systèmes d’attache et les pieds de Cymbales
sont de plus en plus solides et massifs. A partir des
années 80, les fabricants proposent différentes profondeurs
de fûts. A noter l’invention du système Rims (qui
permet de fixer les différents Toms sans faire de trous
dans les fûts) et des Racks (qui supportent tout le système
d’attaches).Les années 70 voient l’émergence des
fabricants japonais (Pearl, Tama, Yamaha,...) qui vont devenir
des acteurs majeurs du marché, bousculant les marques
américaines traditionnelles (Gretsch, Ludwig, Rogers,...)
et les quelques européens qui s’accrochent
(Sonor, Capelle,...).L’invention majeure de cette période
est l’apparition des premiers Toms Synthétiseurs (dont
le fameux Synare en 78), préfigurant l’émergence des
batteries électroniques, boites à rythmes, sons numérisés
et autres rythmes « samplés » dans le monde de la
batterie actuelle.De nombreux musiciens marquent le
début de cette période, le style « Jazz Rock Fusion » révélant
une nouvelle race de batteurs virtuoses annonçant
les Vinnie Colaiuta, Dave Weckl et Dennis Chambers
d’aujourd’hui. A noter Jack Dejohnette (musicien à part,
improvisateur au jeu indépendant et sans contrainte),
Billy Cobham (technicien hors pair au jeu imposant),
Steve Gadd (dont le phrasé et le son unique mélangent
les styles de la batterie jazz, studio et
rythm’n’blues).

Quelques grands noms de l’histoire de la batterie qui
auraient du être cités dans l’article :
Lionel Boyron,Chick
Web, Max Roach, Philly Jo Jones, Art Blakey, Roy Haines,
Bernard Purdie, Ludo Ferrari, Harvey Mason, David Garibaldi,
Steward Copeland et les célèbres frères Perrin.
Sources principales :
Modern Drummer (Janvier 96), Interview de Daniel Humair
(France Musique), Méthode « New Orleans Jazz and Second
Line Drumming »... Pour en savoir plus, lire « Une Histoire
de la Batterie Jazz » (Georges Paczinsky - Editions Outre
Mesure)...

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